
Heiner Müller
© DR
PHILOCTÈTE
« Et, Philoctète, fort de mille lances, s’en ira
Cul par-dessus tête dans son propre vide »
Pour Philoctète, Heiner Müller s’est librement inspiré de la pièce de Sophocle et n’hésite pas à nous plonger dans un univers sans dieux, sans choeur et sans salut. Dans cette pièce, écrite en 1964, (peut-être celle où le langage du dramaturge allemand est le plus dense et le plus métaphorique), il jette un regard cruel et sans illusions sur l’histoire du 20e siècle. À la fin de la guerre de Troie, les dirigeants grecs se souviennent soudain de leur meilleur archer Philoctète, qu’ils avaient abandonné seul sur une île parce que, malade, il ne leur était plus d’aucune utilité. Ulysse est maintenant chargé de ramener Philoctète au sein de l’armée archéenne devant Troie, pour qu’il se mette à nouveau au service de ses anciens camarades. Mais Philoctète, plein de haine et de misanthropie, refuse de le suivre.
Dans Philoctète, Heiner Müller s’éloigne donc du modèle humaniste de l’Antiquité et de Sophocle ; il fait fonctionner les mots dans la bouche des personnages comme armes qui tuent, violente les vers et prête même à Philoctète des traits beckettiens.
Jean Jourdheuil est metteur en scène, auteur et traducteur. Il a été un des premiers en France à comprendre l’importance du théâtre de Müller. Selon lui, Philoctète « problématise la forme radicale que Brecht avait pratiquée au début des années 30 : le “Lehrstück” qui, chez Müller, a des affinités avec le “théâtre de la cruauté” d’Antonin Artaud ».
Philoctète sera publié par les Éditions de Minuit
à l’automne 2009.