
Lecture
au Musée d'Art Moderne
Décembre 2oo8
© Franck Beloncle
L’École Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg est une école nationale de formation professionnelle placée sous la tutelle du Ministère de la Culture. Depuis sa création en 1954 par Michel Saint-Denis, la particularité de l’École est double : son existence est indissociable de celle du théâtre, dont elle a toujours partagé les locaux et l’infrastructure ; sa logique pédagogique est celle de l’interdisciplinarité : elle forme au sein d’une même promotion d’élèves (ou « groupe ») des comédiens, des régisseurs, des scénographes-créateurs de costumes, des metteurs en scène et des dramaturges.
Comme l’était dès l’origine le directeur du Centre Dramatique de l’Est, le directeur du TNS est statutairement directeur de l’École : c’est lui qui nomme le directeur des études, avec qui il compose l’équipe pédagogique et le programme de la formation.
Cette situation d’étroite association entre l’École et un théâtre national dirigé par un metteur en scène est évidemment déterminante pour la formation : par leur présence au sein du théâtre, les élèves de l’École se trouvent en contact constant avec la dynamique artistique et l’activité technique du TNS. La présence d’une troupe de comédiens permanents, de collaborateurs réguliers, d’une équipe technique et administrative engagée dans un projet artistique, contribue à renforcer ces liens, que ce soit par les stages encadrés par les membres de l’équipe artistique ou technique ou par les échanges plus informels qu’induit au quotidien le partage de la vie d’un théâtre. En retour, la présence des élèves et d’une recherche pédagogique dont les résultats sont régulièrement présentés au sein du théâtre enrichit et stimule le projet artistique du TNS.
Les élèves sont recrutés par concours deux années sur trois. Deux groupes, soit environ 50 élèves (dont 24 élèves acteurs), sont donc toujours simultanément présents dans l’École. La scolarité dure trois ans. Elle alterne ou combine des cours hebdomadaires et des périodes intensives d’ « atelier » dirigé par un intervenant. Les élèves scénographes, régisseurs, metteurs en scène et dramaturges effectuent également des stages à l’extérieur de l’École, sur des spectacles créés au TNS ou dans d’autres lieux.
Une partie de l’enseignement est dispensée par des professeurs réguliers – certains permanents au TNS, d’autres intervenant à l’École depuis plusieurs années. Leur présence garantit un dialogue au quotidien avec les élèves et un suivi sur trois ans de leur parcours.
L’autre pan de la formation est confié à des professeurs extérieurs, qui sont associés à l’équipe pédagogique sur une durée de six à huit semaines pour diriger un atelier. Qu’ils soient metteurs en scène, acteurs, scénographes, auteurs, éclairagistes, créateurs son... ce sont tous des artistes en exercice dont l’intervention est conçue en fonction du programme et du parcours de chaque groupe. Leur pédagogie est le plus souvent directement liée à leur recherche artistique, à laquelle ils associent les élèves dans le cadre de ces ateliers intensifs qui donnent lieu en troisième année à une présentation publique.
La particularité des ateliers de l’École Supérieure d’Art Dramatique du TNS, depuis sa création, est de former simultanément par un travail théâtral commun les élèves d’un même groupe.
Les élèves de toutes les sections sont ainsi amenés à participer ensemble, tout au long de leur scolarité, à une dizaine de projets artistiques très différents, qui leur donnent l’occasion d’expérimenter ce que sera leur place dans la création d’un spectacle. À la formation propre à chaque section s’ajoute ainsi une pédagogie du travail en commun qui est une des marques de l’École du TNS et qui a permis d’y créer une section mise en scène/dramaturgie.
Le projet actuel de l’École est d’asseoir la pédagogie spécifique à chaque section sur une formation théâtrale et artistique large, commune à tous. En même temps que l’élève acquiert les bases de son futur métier, il s’agit de démultiplier sa curiosité et son ouverture vis à vis du travail théâtral sous ses différents aspects. C’est pour cette raison qu’a été développé un « tronc commun » dès la première année : des cours réguliers où tous les élèves d’un même groupe sont amenés à dialoguer et à collaborer, afin que chacun connaisse le travail des autres pour mieux s’y inscrire. Ainsi, par exemple, les acteurs participent-ils à l’enseignement sur la lumière donné aux autres sections ; ainsi les metteurs en scène, dramaturges, scénographes et régisseurs sont-ils activement associés à certains cours d’interprétation. Parallèlement, chaque section reçoit des enseignements spécifiques (chant, pratique instrumentale, préparation au jeu, maquettes, dessin technique, administration, etc.).
Et certains cours ou exercices sont proposés à plusieurs sections : les metteurs en scène, les dramaturges, les scénographes et les régisseurs suivent ensemble des cours de régie, de machinerie, de lumière, de son, de vidéo...
L’articulation entre formation générale à l’art théâtral et formations spécifiques à chaque section est l’objectif prioritaire de l’enseignement. Cette articulation nécessite souplesse et cohésion de la part de l’équipe pédagogique : seuls un dialogue et un échange attentifs entre les différents intervenants garantissent que chaque section puisse profiter pleinement du « tronc commun » et des ateliers, en rapport avec ses objectifs propres et la progression des élèves. Les sections à petits effectifs (scénographie, régie-techniques du spectacle, mise en scène et dramaturgie), où les élèves entrent avec des acquis très divers, réclament en outre un suivi particulier et une réponse adaptée aux besoins de formation individuels.
D’où un travail en équipe permanent qui, s’il est formalisé par les réunions pédagogiques de fin de trimestre, a avant tout lieu au quotidien – la vie en commun dans le théâtre des intervenants et des élèves, des professeurs réguliers et de membres de l’équipe artistique du TNS, étant aussi l’occasion d’un dialogue pédagogique et artistique repris jour après jour sur le terrain d’une pratique concrète.