Une figure mythologique d'aujourd'hui

Note de Marianne Ségol, dramaturge de Piano Man
Jean-Louis Fernandez

Aujourd'hui, nos figures mythologiques ne résident plus dans les panthéons antiques : elles émergent des récits modernes, des faits divers intrigants et des histoires extraordinaires. Que révèlent ces personnages, comme le vagabond sans passé, l’artiste tourmenté ou le génie incompris ? Pourquoi semblent-ils toucher quelque chose de si profond en nous ? Est-ce parce qu’ils incarnent des archétypes universels, parce qu’ils nous offrent une échappatoire au quotidien, ou parce qu’ils évoquent des mystères qui échappent à notre compréhension ?

Qu’y cherchons-nous vraiment ? Une forme de liberté inaccessible dans nos propres vies, ou un miroir de nos désirs inavoués ? Ces figures sont-elles là pour combler un vide, pour donner du sens à l’ordinaire, ou pour nous rappeler qu'il existe toujours un ailleurs, un inconnu à explorer ?

Aux côtés de Marcus Lindeen, dont le travail documentaire plonge depuis longtemps dans des vies spectaculaires isues du quotidien pour y déceler une dimension mythologique, j’explorerai, en tant que dramaturge, ce lien entre ces récits contemporains et ces archétypes universels. En s’inspirant d'histoires réelles et étonnantes, le spectacle se posera en observateur des contradictions humaines et des dynamiques sociales. Les faits divers serviront ici non pas de simples points de départ, mais d’accès à des questions plus vastes sur l’identité, la fiction, et notre rapport à la vérité intérieure.

Et qu’est-ce que la figure de Piano Man, par son silence énigmatique et son jeu virtuose, vient éveiller en nous ? Sans passé défini, il incarne une liberté totale, mais aussi une énigme irrésolue. Est-ce cette absence d’histoire qui nous fascine, qui nous pousse à réinventer son passé, à lui attribuer des qualités uniques, à lui prêter un destin, qu’il soit glorieux, tragique ou surnaturel ? Peut-être ce besoin d’imaginer répond-il à notre propre quête de sens et à notre désir de donner vie à des histoires. Depuis toujours, les récits aident l’humanité à comprendre le monde, à transmettre des savoirs et à s’évader. Mais que cherchons-nous vraiment dans la figure de l’homme sans passé ? Est-ce une quête de réponses ou une invitation à poser encore plus de questions ? 

– Marianne Ségol