« Une magie sans décoration ni illusion »
Linda Souakria, dramaturge du Groupe 49 et assistante à la mise en scène, nous invite, à travers cette note dramaturgique, à explorer la possibilité d’une autre magie, teintée de mélancolie, aux antipodes du spectacle et de l’illusion.
Quelle magie explore Anti-magie ?
Parce que si elle existait vraiment, les magiciens, magiciennes professionnel·les et amateur·rices se seraient depuis longtemps attelé·es à la disparition du capitalisme, du colonialisme, de l’impérialisme - et d’autres termes qui, à défaut de toujours être bien définis, sont a minima éprouvés intensément dans de nombreux corps. Si la magie existait vraiment, si les tours n’étaient pas qu'illusions et parvenaient vraiment à engendrer des transformations, pourquoi est-ce que rien ne s’inscrit durablement dans un corps qui souffre, doute, ou se demande ce qu’il y a de si absurde à avoir peur de soi ? […]
L’anti-magie devient le nom donné à une magie sans décorations ni illusions. Elle est le nom donné à une méthode en cours d’élaboration qui permettrait de retrouver ce qui nous a été arraché : l’attention portée à « l’insignifiant » et à l’a-normal. Parce que nous assistons à la disparition de certains états qui ne parviennent plus à être contenus dans les cadres rigides et froids de notre environnement.
La mélancolie fait partie de ces émotions en voie de disparition, dont les traces résistantes sont restreintes en des lieux et des corps trop peu écoutés et considérés. Elle condense une attention portée aux petites choses, et la possibilité de réactiver d’autres façons de percevoir, d’interagir et de ressentir. Ici, l’adolescence est une figure : un vecteur par lequel on tente de repenser ce qui n’a sinon pas la place de l’être. Cette méthode est pour l’instant composée d’un seul tour, appelé « La Tentative », vouée à être répétée jusqu’à ce que joie s’ensuive. L’anti-magie est applicable par toutes les personnes disponibles à l’effort de joie, de vulnérabilité et d’échec. En particulier par celleux qui restent (et sortent toujours en derniers) le temps d’éteindre la lumière.
Linda Souakria